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Cobaltum
aPe
perubique
ANTICORPS [2009]

Text by Clara Grognard.







Un apres l'autre.
Je ferme les bocaux, attentivement.
Consciencieusement, je les aligne sur l'etagere.
Les petits animaux,
blesses, amputes,
e n f e r m e s .
Ils ne me regardent plus :
ils n'ont plus de regard.

La paroi de verre du bocal a remplace maintenant le dégoût, la souffrance et l�empathie par une distance artificielle que recouvre encore le regard vitreux de la mort. Car ils sont bien morts ces corps suspendus dans le temps, ces corps sans gravite qui flottent sans plus exister, sans peser sur la conscience.

B
A N T I C O R P S
K A S T
A
L
E
N

Ils ne souffrent plus et baignent à présent dans la couleur.
Comme un jour ils ont baigné dans le liquide amniotique de la
mère, maintenant c´est mon sérum qui leur donne cette
apparence de vie artificielle. Je leur ai donné cette
deuxième vie au-delà de la mort, moins répugnante que celle
qui baigne dans le sang.


T

R

A

N

S

P

A

R

E

N

C

E

Je n´assiste pas à la naissance de nouveaux Frankensteins mais laisse
ces créatures attirer l�attention : comme des appâts, des néons qui
attirent les mouches et autres êtres dégoûtants de la création. Ils sont
comme ces bonbons abominables pour lesquels les enfants se damnent: ceux que l´on trouve dans ces machines rouges, emballés de toutes les couleurs. Puis on tourne une manivelle et, du distributeur, sort cette chose que l´on oublie immédiatement au fond de sa poche ou que l´on crache au bout de quelques minutes, dés que le colorant est parti.
J´aligne les bocaux. Comme dans ces laboratoires de taxidermie où s´accumulent les bêtes dans le formol.
Les petits corps, vidés de leur origine, ne racontent rien sinon ce qu´on voit: ils sont devenus des objets sans nom, enfermés, morts
et immobiles. Je rempli l´étagère. Mon pouvoir et ma tendresse se multiplient et presque sans que je le veuille l�armoire se remplit. Je m´occupe et je détruis, j´ampute et je dissèque les petits animaux morts, les petits animaux sans vie, les petits animaux dégoûtants. Miroir de ma propre existence, moi, l´organe disséqueur. Moi, le plus
dégoûtant. Qui sait. Celui qui n´est pas encore disséqué.

C e l u i
q u i
e s t
encore

sujet .


Exposition du savoir, détournement de l�objet quotidien traité comme un organe disséqué, analysé, amputé. Pas de distinction objet/sujet. Objectification du spectateur suite à cette confusion des frontières. Sentimentalisme. Double tranchant. Anonyme et spécimen paradoxe de la science. Mutiler, interner de cette manière non vivante, dure réalité qui se montre au quotidien mais d�une manière abstraite [le
côté anonyme prive l�empathie partiellement], absorbée par nous, chaque corps plein d�histoires qui veut simplement exister pour les raconter mais souvent empêcher par un autre côté obscure : celui de "ne pas exister", et de ne pas avoir existé. Des êtres fictifs qui sont là mais qui ne seront jamais là, ohne dassein.

L´effet bokal annule l´importance de ce qui est contenu, implique que l�observateur devient spectateur, attraction, spectacle, passivité, écran, proximité Couloubaritsis] aucun retour plus d�existence ou vient à un nouveau mode d�être, sans qualité, sans distinction, toutes espèces mélangées, nécessité de posséder à travers le catalogue Hundeherz, Boulgakov, L�île du docteur Moreau, Wells, La invención de Morel, Adolfo Bioy Casares.